Bien-être animal - Les véritables enjeux

Il n'est pas possible d'obtenir un produit authentiquement bon (sans recourir à des artifices lors de la transformation) à partir d'un canard ayant souffert ou, plus simplement, ayant mal vécu le gavage.

Le gaveur doit donc faire en sorte d'obtenir un foie de taille convenable tout en gardant son canard en pleine forme. Quand on gave un canard, on lui fait subir une épreuve physique, de la même manière qu'un cheval que l'on fait courir ou qu'un boeuf qui tire une charrue, à la différence qu'au lieu de faire travailler ses muscles, on fait travailler son appareil digestif. Dans tous ces cas, si on force trop l'animal, ou si l'on utilise des équipements inadaptés, il peut en souffrir, voire en mourir.

Divers impératifs doivent être respectés pour parvenir à un bon résultat :

  • La chaleur est la première cause de souffrance des canards en gavage. Si, traditionnellement on ne gavait qu'en hiver, l'utilisation de ventilateurs et d'extracteurs d'air permettent de gaver à des températures un peu plus élevées. D'autres dispositifs, comme des humidificateurs d'air sont utilisés, mais ne sont efficaces que lorsque l'air est sec. C'est pour cette raison que nous n'avons jamais gavé en été et que les chartes fermières IDOKI et TPL interdisent le gavage en juillet et août. D'ailleurs, avec le réchauffement climatique, il faudrait augmenter cette période d'un bon mois pour éviter les gros coups de chaleur. L'idéal serait certainement de pouvoir leur donner la possibilité de se baigner ou de se doucher et c'est quelque chose que nous souhaitons expérimenter depuis longtemps, mais que nous n'avons pas pu faire jusqu'à présent, principalement à cause des grosses quantités d'eau à recycler.

  • Il faut mettre en gavage des canards en pleine forme physique et résistants pour qu'ils arrivent à digérer les grosses quantités de maïs qu'ils vont consommer sans trop se fatiguer. L'élevage doit donc s'attacher à produire des animaux robustes en leur offrant les ressources permettant d'y parvenir. De grands espaces sont certes appréciables, mais l'endroit où les canards sont le plus à même de se muscler est l'eau : on peut les élever sans endroits de baignade, mais le résultat ne sera pas le même. Baignade matinale

  • Le gaveur doit aimer ses animaux, être "animalier", c'est à dire bien ressentir l'état de ses canards. Tous les canards n'ont pas le même comportement et ne réagissent pas de la même manière aux doses qui leur sont administrés. Le gaveur doit savoir s'adapter aux différents tempéraments et détecter le canard qui commence à fatiguer pour lui donner une dose moindre. Ce suivi individuel n'est, bien sur, possible que si le nombre de sujets n'est pas trop élevé.

  • Le logement des canards doit leur permettre de vivre normalement, en interagissant entre eux, en ayant la possibilité de déambuler et de remuer normalement, de battre des ailes, de se lisser les plumes et faire leurs toilettes, de rester propres. Les cages individuelles et beaucoup de logements collectifs ne respectent pas ces objectifs.

  • Les doses de maïs doivent augmenter progressivement de manière qu"un maximum de canard suivent le rythme et elles doivent être modulées en fonction des individus. Cela implique que pour atteindre une certaine taille de foie, il est nécessaire de respecter une certaine durée de gavage et qui ne soit pas la même pour tous les canards. La tendance à vouloir raccourcir le nombre de jours de gavage est antinomique du bien-être des canards puisque elle implique des augmentations de dose brutales.